Roland Recht, Le croire et le voir. L'art des cathédrales (XIIe-XVe siècle)
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Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine histoire -
thème religion.
Gallimard, 1999, 448 pages, 85 ill. noir et blanc.
Histoire de l'art ou histoire des idées? Cet ouvrage montre qu'il ne saurait y avoir d'antinomie entre les deux, mais qu'au
contraire il convient de les tenir ensemble pour comprendre comment l'art lui-même évolue et comment celle-ci modifie la perception
et la croyance. À travers une superbe — et très élégamment écrite — histoire des cathédrales, Recht nous montre comment le changement majeur opéré aux XIIe et XIIIe siècles, qui réside dans l'accroissement de la valeur visuelle des œuvres,
révélait et allait nourrir un processus de transformation de la place assignée au culte. Pour conduire son investigation,
il ne prend pas en compte seulement l'architecture, mais aussi la statuaire, le vitrail, la peinture et l'orfèvrerie. Un dernier
chapitre étudie même comment se crée un «marché de l'art» et, plus fondamentalement encore, comment s'instituent une série
de règles de travail, liées à des corporations précises, qui encadrent les fonctions et l'art des artisans, comment aussi
s'institue une hiérarchie au sommet de laquelle trône le peintre.
Un très important chapitre, intitulé « le visible et l'invisible», met également en lumière les liens entre les pratiques
de dévotion et la figuration du religieux. La vénération du saint sacrement, la théorisation par saint Thomas de leur triple
symbolisme, allaient ainsi produire une demande de visibilité qui culmina dans la doctrine de saint François, imposant un
«témoignage oculaire». Le culte des reliques fait également l'objet d'un long développement. Ce chapitre se clôt sur une subtile
analyse théologique du rapport entre la vue et l'invisible. La très importante analyse des fonctions de l'image sculptée (chapitre
5) évoque aussi le rôle de la cathédrale comme «théâtre de mémoire» et l'articulation entre cette image et la liturgie. Peut-on
encore ajouter combien Recht nous permet non seulement de mieux voir les œuvres, sans jamais forcer la compréhension par un
déterminisme total qui en feraient des formes idéologiques, mais d'en croiser le système de significations, la beauté irréductible
et la fonction sociale?
Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine histoire -
thème religion.
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