Économie des drogues
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Le Banquet,
n°18,
2003/1.
Domaine international -
thème criminalité.
Pierre-Arnaud Chouvy, Les territoires de l'opium. Conflits et trafics du Triangle d'Or et du Croissant d'Or, Genève, Olizane, 2002, 539 pages, 27 cartes et Pierre-Arnaud Chouvy, Joël Meissonnier, Yaa baa. Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est contemporaine, L'Harmattan/IRASEC, 2002, 310 pages.
Le premier ouvrage, issu d'une thèse de doctorat, constitue un travail majeur qui aide à la compréhension d'un défi redoutable
pour les sociétés libres. Faisant appel aux ressources de l'histoire, de l'économie, de la sociologie et de la géopolitique,
il repose aussi sur un important travail d'investigation. Retraçant la genèse de deux zones grosses productrices d'opium (Birmanie,
Afghanistan), à la confluence d'interventions étrangères – le développement de la production et du commerce de drogues est
le plus souvent lié à la guerre ‑ et de jeux politiques locaux, il explore aussi les implications mondiales de ces trafics
et met au jour les réseaux qui les organisent. Contre une vision fataliste de la permanence de ces activités destructrices,
il montre de manière convaincante la primauté des facteurs politiques sur les raisons économiques (pauvreté) du développement
de la production, de la transformation et du commerce des drogues dures. Retraçant aussi les différences entre le cas afghan
et la situation birmane, il tend à limiter le facteur ethnique à la seconde.
On mentionnera aussi sa pertinente analyse de la légitimité de l'État : lorsque celui-ci n'assume plus ses fonctions, le développement
de l'économie de la drogue devient un facteur d'intégration. Comme Chouvy l'écrit de manière subtile, « c'est à travers le
recours à la coercition – au conflit armé – et au potentiel de négociation qu'offre la narco-économie que ces États et gouvernements
parviennent à asseoir territorialement et politiquement cette autorité » (p. 432). Il convient enfin d'inscrire l'économie
de la drogue dans le contexte général des relations internationales : « La portée [des] politiques internationales d'isolement
[…] n'est pas plus à même de provoquer de réelles réductions des productions illicites que de contraindre les régimes en place,
quelle que soit leur légitimité interne effective, à céder aux exigences de la “communauté internationale” » (p. 440). Ce
facteur s'ajoute à la dimension interne : « La contestation […] de la légitimité interne des régimes en place, comme de leur
iniquité et de leur tendance ethnocratique, alimente en partie les conflits de guerre civile qui y dynamisent la production
d'opium » (ibid.). Un livre très riche en informations, dont l'apport théorique n'est pas moins remarquable.
Publié sous l'égide de l'Institut de recherches sur l'Asie du Sud-Est contemporaine que dirige Stéphane Dovert, le second
ouvrage constitue un intéressant complément au précédent. Il traite du développement considérable, propre à tous les milieux
sociaux, à la ville comme à la campagne, de la consommation, chez les jeunes essentiellement, de méthamphétamine en Thaïlande
au cours des années 1990, consommation qui se répand ailleurs en Asie. Étude sociologique plus que géopolitique, à la différence
de l'autre ouvrage de Chouvy, centrée sur les représentations, les pratiques et les institutions civiles et sociales qui peuvent
favoriser ce type de consommation, ce livre, passionnant et alarmant, n'en retrace pas moins aussi les réseaux de trafiquants,
l'économie de la production et de la circulation de la drogue, ainsi que le développement d'une économie criminelle qui voit
s'accroître le nombre de revendeurs.
Le Banquet,
n°18,
2003/1.
Domaine international -
thème criminalité.
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