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Roland Hureaux, Le temps des derniers hommes. Le devenir de la population dans les sociétés modernes

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Le Banquet, n°18, 2003/1.
Domaine social - thème démographie.

Hachette littératures, 2000, 298 pages.

   
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On peut ne pas partager les opinions politiques de l'auteur – plutôt proches du souverainisme et d'un conservatisme éclairé – et reconnaître l'importance des questions qu'il jette sur la place publique et l'intelligence qu'il met à en traiter. L'ouvrage de Hureaux est d'une remarquable clarté et fait œuvre de pédagogie utile lorsqu'il expose des réalités démographiques méconnues : si le taux de fécondité demeure ce qu'il est en Europe, d'ici un peu plus de cent ans, la population européenne aura diminué des quatre cinquièmes et, dans 360 ans, elle sera équivalente à 1 % de ce qu'elle est aujourd'hui (p. 20). Concrètement, d'ici un siècle, les Français ainsi que les Anglais seront encore 33 millions (contre 60 millions environ aujourd'hui), mais les Allemands ne seront plus que 15 millions et les Espagnols 8 millions. L'Europe représentait, en 1900, 25,4 % de la population mondiale et 12 % en 2000 ; sa part tombera à 7 % en 2050.

Pour autant, Hureaux considère l'Europe comme le précurseur d'un mouvement démographique qui concernera progressivement tous les pays du tiers-monde, malgré un prévisible retard africain. La population mondiale connaîtra un sommet vers 2080 avec 8 milliards d'habitants et devrait, si rien ne change, disparaître vers 2400 (p. 73). L'auteur explique bien les origines de cette situation, raillant au passage l'inculture générale sur les mécanismes démographiques, dégageant intelligemment différents modèles démographiques et critiquant au passage le concept de « transition démographique ». Il montre aussi les évolutions, notamment en France, des politiques familiales et leurs effets et réclame qu'on distingue bien les mesures en faveur des familles des autres politiques sociales et, notamment, de celles qui visent à réduire les inégalités. Il dénonce aussi la cécité des élites politiques de toutes tendances sur cette question qui pourtant, jadis, ne relevait pas du clivage gauche/droite – on oublie souvent que Sauvy notamment fut un militant socialiste – et il est convaincant lorsqu'il demande qu'on prenne en compte cette priorité (car la diminution de la démographie a un coût non seulement humain, mais aussi budgétaire, comme le montre le problème des retraites qu'évoque aussi l'auteur).

L'un des chapitres fondamentaux est naturellement le troisième intitulé « la modernité contre la vie ? » Hureaux mesure bien le risque, sur ce sujet, du discours scrogneugneu sur la disparition des valeurs, la déchristianisation, la libération sexuelle et l'émancipation de la femme. Il tente donc de faire la part des facteurs objectifs – c'est comme cela, qu'on le déplore ou s'en réjouisse – des données qui peuvent évoluer avec une politique intelligente. Il sait aussi que la « conversion » sera rude et que le pire ennemi de la famille est le discours conservateur d'une certaine droite. Il rappelle ainsi justement que « les pays qui maintiennent le moins mal leur fécondité sont aujourd'hui ceux où la proportion de naissance hors mariage est la plus élevée […]. Le maintien, au moins extérieur, de certaines normes relatives au mariage, dans un contexte d'émancipation, semble agir comme un frein à la fécondité, là où une plus grande tolérance la défavorise moins » (p. 124). L'essentiel est bien de percevoir ce qui contrarie la venue d'enfants qui pourraient être désirés et de faire que la société soit à la fois moderne et plus accueillante. Rendre explicites des obstacles implicites est déjà un premier pas, auquel ce livre nous invite.

Le Banquet, n°18, 2003/1.
Domaine social - thème démographie.


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