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Yves Congar, Mon Journal du Concile

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Le Banquet, n°18, 2003/1.
Domaine religion - thème histoire.

2 vol., Cerf, 2002, 596 et 560 pages.

   
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Le père Congar (1904-1995), dominicain, est l'un des personnages majeurs de la théologie catholique au XXe siècle. Homme d'écriture et de parole, esprit libre ayant souvent été considéré comme un personnage sulfureux par une Église peu encline à accepter ses audaces théoriques et la largeur de sa pensée, homme d'influence aussi, notamment par sa participation aux travaux du Concile, il fut aussi un prêtre engagé dans les combats du monde et désireux que l'Église les prenne en compte. Ses combats se sont, en fait, toujours déroulés sur plusieurs fronts : l'anthropologie chrétienne, le dialogue œcuménique – qui, dans son esprit, doit aussi servir à redécouvrir des valeurs que l'Église catholique a perdues avec le schisme de 1054 et la Réforme ‑, la Constitution de l'Église, la place de la Tradition, etc. Son rôle au sein du Concile a été important, même si le P. Congar n'y avait que le titre « d'expert officiel » et s'il s'y comporta avec discrétion. Déjà, pendant le Concile, il avait publié un récit plus « officiel » des travaux conciliaires (cf. les différents volumes de l'ouvrage Le Concile au jour le jour, publiés au Cerf de 1963 à 1966).

Le « journal » est un genre que le P. Congar affectionne : auteur précoce d'un Journal de la guerre 1914-1918 et d'un Journal d'un théologien, celui qu'il a consacré au Concile est à la fois un texte où il livre des impressions personnelles, raconte les événements et se raconte et une réflexion théologique. Mais c'est peut-être avant tout et plus encore un document unique sur cet événement étonnant que fut le Concile, qui constitue un complément indispensable à l'Histoire du Concile Vatican II dont Le Banquet a déjà rendu compte. On comprend naturellement que le testament du P. Congar ait spécifié qu'il fallait attendre 2000 pour le publier. Cette exploration dans les coulisse de l'Église est édifiante : on y découvre turpitudes et bassesses, manœuvres souterraines et habillage d'intérêts de pouvoir par des nobles discours théologiques, mais aussi des personnages empreints de noblesse et de hauteur de vue, des actes désintéressés, des convictions profondes et bien pesées – bref l'Église est à l'image de la société des hommes. Le pape actuel, à l'époque Mgr Wojty³a, sort grandi de l'épreuve – « sa personnalité s'impose. Il rayonne d'elle un fluide, une attirance, une certaine force prophétique très calme, mais irrécusable » (t. II, p. 313) ‑, alors que d'autres personnalités connues sont plutôt diminuées – Daniélou, « rapide et superficiel » (ibid.) notamment : « Daniélou réagit avec la passion, l'instinctivisme et la subjectivité d'une femme » (p. 314) ou encore le cardinal Ottaviani. Charles Moeller, au contraire, fait l'objet d'éloges émouvantes continuelles. Cependant, l'essentiel n'est pas dans ces portraits généreux ou au vitriol, mais bien dans le fonctionnement de l'Église et dans l'atmosphère très particulière qui se dégage du Concile. On a parfois l'impression que les séances de négociation des textes, à la virgule près, les réceptions mondaines, les discussions de couloir, les stratégies d'alliances sont celles de diplomates discutant une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies ! On sent aussi continuellement Congar, malade, au bord de l'épuisement. Un ouvrage unique en son genre qui évoque une dramaturgie.

Le Banquet, n°18, 2003/1.
Domaine religion - thème histoire.


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