Brigitte Krulic, Nietzsche penseur de la hiérarchie. Pour une lecture « tocquevillienne » de Nietzsche
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Le Banquet,
n°18,
2003/1.
Domaine philosophie -
thème politique.
L'Harmattan, 2002, 262 pages.
Ce livre est sans doute l'une des présentations les plus intéressantes qui soit de la politique et de la sociologie nietzschéennes.
L'auteur sait continuellement trouver le ton juste et récuse tant la surinterprétation de l'auteur du Gai savoir (il n'a pas livré, clés en main, une doctrine politique comme ont pu le faire Hobbes, Rousseau et Kant) que sa « dépolitisation »
(il ne faudrait voir dans son œuvre qu'une dimension esthétique), tant la révérence due à un prophète que la détestation due
à un imposteur, réactionnaire de surcroît. Elle démontre pas à pas comment Nietzsche a bien été le penseur de la hiérarchie
qu'on connaît, un antidémocrate critique de l'individualisme – qui, par cette seule posture, devait influencer des mouvements
de critique de la démocratie plus radicaux ‑, mais comment en même temps il a, par avance, barré la route aux autres doctrines antidémocratiques nationalistes, racistes, spiritualistes, etc. C'est bien sûr ici l'antichristianisme de Nietzsche
qui offre l'une des clés les plus sûres à l'interprétation de sa pensée politique. C'est aussi le paradoxe de cette pensée
« réactionnaire », c'est-à-dire réactive à tout ce qui est assimilé à une modernité décadente (notamment car égalitaire),
que d'être elle-même profondément moderne dans son refus des valeurs traditionnelles (et par la critique généalogique elle-même).
C'est aussi tout l'intérêt de l'ouvrage de Brigitte Krulic de nous autoriser à une double lecture de Nietzsche : si on le
lit comme prophète, on n'y verra qu'un exalté de la critique de l'égalité, du déclin et de la liberté (qui n'existe chez lui
que comme transgression de toute possibilité de « commun ») ; si on le considère comme « découvreur », on pourra y discerner
l'un des esprits les plus pénétrants qui a mis au jour les réalités contradictoires du monde moderne et permis la dénonciation
des passions – nationaliste, raciste, mais aussi égalitariste et « basse » ‑ des sociétés modernes. Par là, Nietzsche nous
aide à penser de manière critique la démocratie et nous prémunit contre la tentation d'accorder quelque crédit à un régime
qui s'affranchirait de ses règles.
Le Banquet,
n°18,
2003/1.
Domaine philosophie -
thème politique.
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