Revue Le Banquet
retour page d'accueil
    
Présentation    Comité de rédaction    Commander / s'abonner    Soumettre un article    Contact    Aide
  Sommaires
Articles
Critiques
Auteurs
 
actualités
économie
ethnologie
histoire
international
littérature
philosophie
politique
religion
social

 
 
 

 

 

John Lukacs, Churchill. Londres, mai 1940

  Consulter ce document
au format pdf

Le Banquet, n°18, 2003/1.
Domaine histoire - thème Résistance.

Odile Jacob, 2002, 253 pages.

   
Acheter ce livre
avec amazon.fr

L'objet essentiel de ce livre de « micro-histoire »,, comme le définit joliment son auteur, est de porter un regard sur les cinq jours de mai 1940 – 24 au 28 mai, les chapitres 2 à 6 étant consacrés à chacune de ces journées ‑ au cours desquels, d'une certaine manière, le destin de la guerre a basculé. Certes, pourra-t-on dire, certaines batailles ont été par la suite autrement déterminantes pour le sort du camp de la liberté, mais que se serait-il passé si, en mai 1940, Churchill n'avait pas eu gain de cause – et cette victoire politique, nous montre Lukacs, n'était aucunement certaine ? L'auteur montre que Hitler était plus près qu'on ne le dit souvent de gagner la guerre en mai 1940 et la victoire de Churchill, devenu Premier ministre le 10 mai, sur les atermoiements de Halifax, chef de file, influent malgré l'étroitesse de son esprit et sa cécité de toujours, des partisans d'une négociation avec le Führer et membre obligé du cabinet de guerre, prend dès lors tout son sens. Certes, les Britanniques n'ont pas gagné la guerre, ni à ce moment-là ni ultérieurement (ou plutôt ils ne l'auraient pas gagné sans les États-Unis et la Russie), mais « en mai 1940, Churchill a été celui qui ne l'a pas perdue » (p. 16). Le 28 mai, sa position était claire et définitivement acceptée : la Grande-Bretagne ne négocierait pas avec Hitler – que Churchill n'avait jamais sous-estimé, dès avant son arrivée au pouvoir ‑ et se battrait jusqu'au bout. L'histoire que nous narre Lukacs, qui part des premiers jours du gouvernement Churchill (et raconte aussi les réticences qu'il suscite lorsqu'il est nommé, au point qu'on imagine souvent que son gouvernement sera de courte durée), est passionnante. Au-delà de la persistance de sentiments favorables à l'appeasement tel que l'incarnait Chamberlain, l'existence d'une forme de lobby pro-allemand (et même quasiment pro-hitlérien) est mise en valeur (par exemple Horace Wilson et R.A. Butler), ainsi que les manœuvres de Hitler pour amadouer ou intimider une partie des Britanniques au moment précis où se joue le drame de Dunkerque. L'auteur va même, dans la conclusion, jusqu'à forcer le trait (sans dépasser pour autant le vraisemblable) : si les Anglais avaient perdu la bataille d'Angleterre, les Soviétiques celle de Stalingrad et les Alliés échoué lors du Débarquement, Hitler n'aurait pas pour autant gagné la guerre, même si cela aurait rendu sa défaite plus difficile. En revanche, si Churchill avait transigé avec Hitler en mai 1940, tout aurait été bouleversé. Il était alors le seul rempart.

Le Banquet, n°18, 2003/1.
Domaine histoire - thème Résistance.


642