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Hyam Maccoby, L'exécuteur sacré. Le sacrifice humain et le legs de la culpabilité

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Le Banquet, n°18, 2003/1.
Domaine ethnologie - thème philosophie.

Cerf, 1999, 255 pages.

   
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Voici un étonnant ouvrage, simultanément passionnant, attachant et profond, et déroutant, contestable et excessif dans ses inférences. Au début, est le sacrifice humain, acte fondateur de la cité, geste salvateur en même temps que maudit, apaisant la colère du dieu et vouant à l'errance infinie celui qui l'a commis. C'est cette histoire que nous raconte Maccoby, partant naturellement du meurtre d'Abel par Caïn, se prolongeant dans les multiples interprétations (et narrations) du mythe d'Hénoch, fils de Caïn, du bouc émissaire et du personnage mystérieux de Lamec, de l'histoire d'Abraham et d'Isaac, de la circoncision instaurée par Moïse, etc. Au centre de l'ouvrage figurent aussi d'autres exemples sacrificiels, dont l'auteur montre la diffusion dans le monde contemporain : il revient ainsi sur le « sacrifice de Jésus, mythe fondateur du christianisme » (p. 126), quand bien même, historiquement, la mort de Jésus n'eut aucun caractère sacrificielIl note ainsi que « la définition d'une mort humaine comme sacrifice dépend de l'usage qui en est fait religieusement » (p. 130) et que le « mythe chrétien […] ne concerne pas la mort d'un réformateur ou d'un patriote religieux, mais un sacrifice cosmique » (p. 133). (on voit d'ailleurs bien ici l'un des points clés de la méthode d'investigation et d'analyse de Maccoby, qui montre par ailleurs les rapprochements possibles du sacrifice et du martyre), et sur le personnage de Judas Iscariote, « victime sacrificielle plus authentique que ne l'est Jésus lui-même » (p. 170). Les notations fondamentales sont nombreuses, par exemple sur la différence entre judaïsme et christianisme dans leur rapport au salut (politique chez le premier, religieux pour le second), sur les rapprochements entre le christianisme et les religions antiques, notamment la religion hellénique, et plus encore sur la place des Juifs dans la religion chrétienne et la doctrine de l'Église (cf. le rôle que joua l'accusation de meurtre rituel), sur le personnage du juif errant et, enfin, sur la genèse de l'antisémitisme ancien et moderne, du Moyen Âge au nazisme. L'ouvrage se clôt par une réflexion passionnante sur le mythe, dont la force active est toujours présente. Peut-être pourra-t-on contester certaines interprétations, mais la force de l'ouvrage est saisissante.

Le Banquet, n°18, 2003/1.
Domaine ethnologie - thème philosophie.


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