Serge Enderlin, Serge Michel, Paolo Woods, Un monde de brut. Sur les routes de l'or noir
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Le Banquet,
n°19,
2004/1.
Domaine international -
thème pétrole.
Le Seuil, 2003, 332 pages, photographies.
L'Amérique a soif de pétrole. S'il n'y avait qu'un seul chiffre à retenir, ce serait celui-ci : elle représente moins de 5 %
de la population mondiale, mais consomme près du quart de la production mondiale. Jadis grand pays producteur, elle a vu la
sienne constamment diminuer. D'où ce que les auteurs nomment, de manière un peu sensationnelle, la double orientation de la
politique extérieure américaine. Guerre totale contre le terrorisme et lutte contre les pays de « l'axe du mal », d'une part ;
entretien de bonnes relations avec les pays producteurs, anciens et nouveaux, afin de se dégager de la trop forte dépendance
de Riyad, solidement assis sur près du quart des réserves mondiales de brut (259 milliards de barils), ainsi que des pays
lieux de passage des oléoducs ou des ports d'embarquement des pétroliers, d'autre part.
C'est pour mieux connaître ce « axe du brut » que les auteurs, deux journalistes et un photographe, se sont rendus sur place
en n'allant pas du puits à la pompe (de l'upstream au down stream en jargon pétrolier), mais du centre névralgique américain de Midland, là où George Bush a grandi et bâti sa carrière, aux
lieux de production et de transit. En gros, ce périple s'est déployé sur un axe nord-est sud-ouest, de la Sibérie au Golfe
de Guinée embrassant à peu près les principales provinces pétrolières mondiales à l'exception de la Mer du Nord, du Maghreb
et du continent américain (Venezuela et Mexique, respectivement septième et sixième producteurs mondiaux). Ce périple rend
fort bien l'atmosphère des lieux, parfois mythiques ou sévèrement protégés. Il décrit les acteurs présents et leur façon de
voir ou de faire, plus qu'il n'est une analyse géopolitique approfondie de la question pétrolière mondiale. Mais ce compte
rendu est des plus actuels, agrémenté de cartes et de clichés.
Midland, Texas, Houston, noms qui égrènent le monde pétrolier américain et dans lequel la dynastie Bush a édifié sa fortune
et établi sa renommée. La Caspienne où, à la fin du XIXe siècle, l'aîné des frères Nobel édifia un petit empire, demeure prometteur,
malgré des réévaluations en baisse de ses réserves (de 200 à 25/35 milliards de barils), sans devenir un second Golfe persique.
La bataille des oléoducs jusqu'à la Méditerranée bat son plein. La Turquie, lieu de passage du brut et qui reçoit du gaz de
l'Azerbaïdjan, du Turkménistan, de l'Iran et de la Russie, demeure l'un des verrous : en 2002, 9 427 tankers n'ont-ils pas
franchi le Bosphore, le double de l'année 1999 ? Au-delà, c'est la région de Sourgout, en Sibérie occidentale, où des pompes
à bascule aspirent le brut à 2000 mètres sous terre, « poumon qui fait vivre la Russie et que convoite l'Amérique ». Dubaï,
sorte de Hong-Kong du Proche-Orient, ville monde qui aimerait marier islam et mondialisation, détroit d'Ormuz si fréquenté
et jadis convoité, le Qatar siège de la chaîne Al-Jazira. Le Kazakhstan, dernier eldorado de la planète avec son gisement
sous-marin géant de Kashagan, le plus gros de la planète depuis Prudhoe Bay en Alaska, avec des réserves entre 6 et 9 milliards
de barils (5 à 8 % du total irakien, dispersé sur 350 champs). Et puis Malabo, minuscule capitale d'un minuscule État de 28 000 km2
pour 500 000 habitants, qui a battu les records mondiaux de la croissance (+ 28 %!) et sur lequel les géants américains ont
jeté leur dévolu. Le golfe de Guinée fait figure de paradis : sur les 8 milliards de barils découverts dans le monde en 2001,
7 l'ont été en Afrique de l'Ouest qui fournit à l'Amérique 16 % de ses besoins ‑ autant que les princes de Riyad. Quant à
l'Angola, où la guerre civile d'un quart de siècle s'est interrompue au printemps 2002, les multinationales y ont investi
20 milliards d'euros et la production d'un million de barils jour devrait être de 1,5 million d'ici 2007/08.
Comment ne pas achever ce périple à Bagdad ? L'Irak, cette folie de Churchill qui voulait réunir deux champs de pétrole, Kirkuk
et Mossoul, en unissant trois populations que tout séparait, les Kurdes, les sunnites et les chiites. Du feu éternel de Nabuchodonosor
à la situation actuelle, que de chemin parcouru ! Un parcours du monde le long des veines caves de notre économie qui aurait
gagné à s'enrichir de quelques schémas, chiffres et de plus de réflexions.
Le Banquet,
n°19,
2004/1.
Domaine international -
thème pétrole.
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