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Istambul

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Le Banquet, n°19, 2004/1.
Domaine international - thème villes.

Marc Riboud, Jean-Claude Guillebaud, Istanbul, Imprimerie Nationale, 2003, 152 pages, et Alain Servantie, Le voyage à Istanbul, Éditions Complexe, 2003, 588 pages.

   
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Éternelle fascination d'Istanbul. À quoi est-elle due ? À son extraordinaire configuration géographique que Chateaubriand trouvait la plus merveilleuse du monde. À son incroyable cohabitation de races, de peuples, de traditions lui conférant, à l'instar de New York, l'aspect d'une ville-monde ? À sa quantité phénoménale d'énergie, qui se combine, observe finement Guillebaud, à sa mémoire, si robuste, si têtue. Une ville en quête d'un pays, d'un empire. À l'heure où on lit, la Turquie frappe avec obstination à la porte de l'Europe. Il faut saisir l'âme de l'ancienne capitale qui tantôt penche vers l'Ouest, tantôt vers cet Orient, mais toujours à la recherche d'elle-même, de ses racines, des sources de son dynamisme et de son irrésistible attraction. C'est ce qu'on dénomme la türqya, mot assez vague qui signifie à la fois l'identité, les racines, la culture ancestrale et, peut-être, un certain mal-être, commun à bien des métropoles trop brutalement déracinées. Il est difficile de percer ce phénomène, or il est essentiel dans la perspective de l'adhésion turque. S'agit-il d'une sorte de nationalisme déguisé, de déception devant les réticences européennes à accueillir Ankara parmi les Quinze, d'un rejet de l'Occident ? Guillebaud s'interroge et Marc Riboud saisit ces questions sur les visages, dans les rues, chez les passants qui donnent à Istanbul son charme, son secret et son envoûtement. Peut-être qu'Istanbul après tout est le lieu d'une nouvelle synthèse entre Orient et Occident, conforme à son destin historique exceptionnel de « Ville des villes ». C'est sur les rives du Bosphore que se jouerait une redéfinition des rapports entre l'islam et la modernité. Dans ces rues, au Bazar, dans les sièges rutilants des banques, à l'université, se cherche un nouvel équilibre, une nouvelle synthèse entre modernité et identité. Si elle réussissait, elle revêtirait une valeur exemplaire et c'est peut-être à cela que l'Europe cherche à s'associer. Une Europe aux prises chaque jour davantage avec un multiculturalisme né de l'immigration.

Le recueil de récits de voyageurs, à Byzance, Constantinople, Istanbul du Moyen Âge au XXe siècle, d'Alain Servantie complète le précédent ouvrage. « Tu es belle, Constantinople à rendre fou », écrivait Mistral. Découvrir Constantinople, la ville aux mille et un noms, Stamboul, Tsagrad, Kostantiniyye, Islâmbol et tant d'autres, c'était glisser en bateau dans l'opacité glauque du brouillard matinal où mer et ciel se confondent, quand le rêve et les désirs inassouvis engourdissent encore la mémoire, et apercevoir à l'Orient un disque rouge percer la brume et faire jaillir un à un du pinceau de quelques rayons, les milliers de minarets acérés et les centaines de coupoles des mosquées, mêlées aux mâts des vaisseaux et aux forêts de cyprès noirs, et découvrir la plus belle baie du monde. Qui, mieux que Lamartine, a résumé son esprit ? « La rade actuelle à Constantinople est le foyer de fusion de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi, le creuset où se fondent rapidement les divergences pour constituer l'unité de civilisation ». Les choses sont-elles tellement différentes à l'heure où les petits-fils de la Sublime Porte frappent à celle de l'Europe ?

Le Banquet, n°19, 2004/1.
Domaine international - thème villes.


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