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Alexandre Del Valle et Emmanuel Razavi, Le dilemme turc ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara

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Le Banquet, n°23, 2006/1.
Domaine politique - thème international.

Éditions des Syrtes, 2005, 314 pages

   
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Parmi les nombreux livres consacrés à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne en voilà un qui tranche par son ton critique, la force des ses argumentations et son plaidoyer passionné contre l'admission de la République turque au sein du club européen. On ne s'en étonnera point de la part d'Alexandre Del Valle qui s'est fait, depuis des années, le pourfendeur du cheval de Troie islamiste, le procureur des dérives et déroutes sur le continent ainsi que l'apôtre de la civilisation chrétienne, qui constitue le fondement principal de l'édifice européen depuis des siècles. Secondé par Emmanuel Razavi, qui a longtemps enquêté au Moyen-Orient et en Afghanistan, il a rédigé un livre somme toute documenté, clair et qui se lit à un rythme soutenu. Les deux auteurs démontent un par un les arguments présentés par les défenseurs de la candidature turque. Mais surtout ils insistent sur le principal d'entre eux à savoir que l'Europe ne saurait dire non à la Turquie sous peine de passer exclusivement pour un club chrétien, xénophobe, antimusulman. Cet argument est un chantage permanent auquel il convient de résister. Il en va de la crédibilité de l'Europe, de sa force, de son identité. De manière plus précise, les auteurs considèrent que les quatre « conditions de 1987 » posées par le Parlement européen lors de la première candidature n'ont jamais été remplies : reconnaissance sans conditions du génocide des Arméniens, reconnaissance de la République (grecque) de Chypre et retrait des troupes turques, plein respect des droits de l'homme, reconnaissance et respect des minorités religieuses non musulmanes sunnites. On en apprend beaucoup sur tous ces points. Les Alévis (20% de la population turque), répartis entre Kurdes (30% d'entre eux) et Turcs, ces « Musulmans hérétiques », n'ont jamais été reconnus. Les chrétiens sont toujours discriminés. Les Assyro-Chaldéens et les protestants demeurent des parias. La question arménienne, mieux connue, est abordée par le menu. Fallait-il pour autant flétrir l'attitude « négationniste » de la Turquie ? Quant aux droits de l'homme, même si leur protection a fait l'objet d'une sérieuse amélioration, maintes poches d'ombre demeurent. Des minorités ethniques sont toujours brimées ou niées, comme les Kurdes et les Lazis. Enfin, la question chypriote n'est toujours pas réglée. Bien d'autres aspects du dossier turc sont par la suite examinés. La Turquie serait-elle « judéophile », alors qu'elle balance entre une attitude pro-palestinienne et une alliance « stratégique » avec Israël ? Serait-elle pro-américaine ? Autre aspect intéressant : il convient de prendre en compte la montée de l'europhobie en Turquie principalement de la part de l'armée, gardienne du dogme kémaliste ! Ce paradoxe a été maintes fois commenté. Alors que l'armée se veut la gardienne de la laïcité et de l'ordre constitutionnel, la perspective de l'adhésion à l'Union européenne commande que ses pouvoirs soient considérablement diminués.

Sans même parler du coût hypothétique de l'adhésion (PAC, fonds régionaux) qui atteindrait quelque 40 milliards d'euros, du poids de 100 millions de Turcs au sein du Parlement, où ils seraient la majorité, et des instances de l'Europe, qui leur donnerait des droits de vote prépondérants, voire décisifs en cas de votes serrés, l'entrée de la Turquie poserait bien d'autres dangers encore. Le monde turc, des Balkans au Caucase et à l'Asie centrale, recèle bien des bombes géopolitiques à retardement. Les frontières orientales de l'Union seraient contiguës à d'autres zones belligènes : Syrie, Irak, Iran. Une bonne partie des trafics de drogue transite par la Turquie qui offre par ailleurs une porte d'entrée commode au djihad européen et aux mouvements terroristes. Cette série d'arguments vise à effrayer le lecteur. Et si c'était précisément pour (tenter) de maîtriser ces défis que les partisans de l'entrée de la Turquie entendaient agir ? Qu'en sera-t-il de la Turquie dans 12 ou 15 ans ? Les négociations seront longues, ardues et nul ne peut prédire ce que sera l'Union européenne à 27, 29, 30 ou 33, avec l'entrée des anciennes républiques yougoslaves en 2017. Il n'est pas inscrit que l'entrée de la Turquie soit forcément une source de paupérisation pour l'Europe. En définitive, on peut dire du problème turc ce que le général de Gaulle avait dit jadis du problème allemand, qu'il était par excellence le problème de l'Europe. En débattant des mérites et des dangers de la candidature turque, dés lors que le feu vert des négociations aura été donné, c'est à l'Europe et à ses peuples de dire ce qu'ils veulent être, ce qu'ils veulent faire, où ils veulent aller. Tel est le sens de la question turque dont Alexandre Del Valle et Emmanuel Ravazi ont présenté avec force et passion l'ensemble des aspects.

Le Banquet, n°23, 2006/1.
Domaine politique - thème international.


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