Jean Baudet, Penser le vivant. Une histoire de la médecine et de la biologie
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Le Banquet,
n°23,
2006/1.
Domaine philosophie -
thème médecine.
Vuibert, 2005, 396 pages
Est-il possible de proposer une histoire de la médecine et de la biologie, sans oublier l'agronomie en quelques centaines
de pages ? Vouloir tout traiter est illusoire, tenter une large exploration est dangereux ; d'emblée se pose le problème de
la forme : faut-il s'en tenir à une chronologie stricte ou faut-il sélectionner des thèmes majeurs, autant d'étapes essentielles
dans la construction des connaissances scientifiques ? Et puis « Penser le vivant » suppose une analyse épistémologique éclairée
dont peu de spécialistes sont capables.
En fait, Jean Baudet, enseignant et chercheur dans le domaine de l'histoire des sciences et des techniques, s'est constamment
piégé. Après des chapitres chronologiques allant du commencement de l'humanité à la Renaissance (dont seulement cinq pages
sur le Moyen Âge durant lequel « rien d'à la fois positif et neuf » ne se passe dans les sciences de la vie) et des sciences
naturelles à la biologie, il propose un bric à brac qui effleure les civilisations, cite quelques Grecs et Romains illustres,
divers peuples, évoque les végétaux et les animaux, survole les étapes évolutives, les grandes fonctions..., le tout avec
d'inévitables redites et une sensation de confusion et de tournis. L'auteur se rend compte à la page 118 de l'impasse dans
laquelle il se trouve : « Jusqu'à présent, j'ai tenté de suivre scrupuleusement la chronologie, au risque de passer d'un événement
concernant la syphilis à un autre concernant la reproduction végétale ou la chaleur animale. Maintenant, ce n'est vraiment
plus possible. Même en me limitant aux grands événements de l'histoire de la biologie, de l'agronomie et de la médecine, si
je devais énumérer les découvertes et les inventions chronologiquement, j'obtiendrais une liste véritablement illisible ».
Devant cette tardive prise de conscience, le lecteur qui était déjà persuadé de l'illisibilité du texte reprend espoir et
se sent prêt à s'intéresser à la sélection thématique censée recentrer le débat : la cellule, les microbes, l'évolution, le
métabolisme, la génétique et de l'atome à l'écosystème. Mais l'énumération chronologique revient au galop, ponctuant des exposés
superficiels, des redondances, et l'absence de synthèses. Le texte est d'ailleurs parsemé de remarques décourageantes comme :
« Arrêtons l'énumération », page 165, « Continuons notre chronologie », page 187, ou de banalités : « Pour penser à la vie,
il faut l'observer, et donc il faut observer des êtres vivants », page 211, suivies d'un aveu d'impuissance : « Mais est-il
possible ‑ en deux ou trois cents pages – de dire l'essentiel de l'histoire de la biologie ? », page 281.
Il n'est pas dramatique pour un biologiste d'abandonner le livre, mais le lecteur qui souhaitait aborder l'histoire du vivant
et en retirer des idées claires pour comprendre les enjeux de la science actuelle risque de ne plus retenter l'expérience.
À juste titre, il sera perturbé, découragé et pensera que décidément la biologie demeurera pour lui un domaine étranger. Quant
à la conclusion, elle ne peut que laisser perplexe. L'auteur évoque les menaces sérieuses pour l'avenir de l'humanité et il
écrit : « Mais le plus grand danger est l'explosion démographique. Car c'est la principale leçon nous semble-t-il de la biologie,
le vivant tue le vivant ». Le combat cessera faute de combattants et cela évitera de « Penser le vivant »…
Le Banquet,
n°23,
2006/1.
Domaine philosophie -
thème médecine.
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