La culture coréenne : affirmations et inquiétudes

La culture coréenne : affirmations et inquiétudes

La culture coréenne est un élément majeur du pouvoir d’influence que la Corée entend déployer dans le monde. Certes, elle ne saurait à elle seule porter les ambitions internationales du pays, mais elle contribue notoirement à son image globale en même temps que ses formes les plus populaires contribuent à sa prospérité. Nous sommes allés à la rencontre de trois personnalités importantes, mais très différentes. Choe Junho, metteur en scène, fut directeur du Centre culturel coréen à Paris et est une figure marquante de l’École du théâtre de Séoul où il enseigne. Lee Geonyong est l’un des plus importants compositeurs classiques coréens et dirige l’Opéra de Séoul. Quant à Chung Hyiung-Min, elle dirige le Musée national d’art moderne et contemporain de Séoul et enseigne l’histoire des arts à l’Université nationale de Séoul.

Pour Choe Junho, la culture fait partie des traditions coréennes les plus valorisées. Elle commence seulement à être connue dans le monde. Ce qui le frappe dans cette culture est la volonté d’innovation et de dépassement, et non d’imitation, même si parallèlement la Corée entend conserver et promouvoir la culture traditionnelle. Il existe aussi une volonté de diffuser la culture dans toute la société et pas seulement en direction des élites. Il montre aussi l’importance de la demande d’accès aux métiers de la culture en Corée et l’accès aux écoles d’art est très sélectif. Il est frappant aussi de voir les artistes coréens sur les marches du podium des concours artistiques internationaux. Il importe de promouvoir la culture en soi dans le reste du monde sans se donner d’autres objectifs qui pourront être atteints indirectement. Il est essentiel de conserver, dans une société très compétitive, cet amour pour la culture et les disciplines intellectuelles.

Lee Geonyong montre comment, en tant que compositeur, il a pu marier une forme classique et les traditions musicales coréennes. Il convient aussi que la musique soit adaptée à l’auditoire et que celui-ci puisse la reconnaître tout en en appréciant la nouveauté. Il estime également qu’il ne faut pas confondre la modernité et le style moderne. Il y a quelque chose de commun qui anime les compositeurs, depuis Bach jusqu’à nos jours. Si Lee Geonyong a commencé sa carrière au moment de la dictature et si sa musique était étroitement liée à la protestation, il estime qu’aujourd’hui les sentiments que sa musique exprime sont d’abord musicaux et non pas sociaux ou politiques. Maintenant, il faut aussi transmettre cela à de nouveaux artistes et c’est dans cet esprit qu’il a participé à la création de l’Université nationale des Arts.

Chung Hyiung-Min insiste sur le fait que les artistes coréens sont d’abord globaux, même si leurs racines coréennes – histoire, valeurs, coutumes – nourrissent leur art. De même, il n’y a pas, selon elle, de recherche de la « coréanité ». L’art des femmes coréennes, jadis marqué par des revendications féministes, est devenu plus pacifié et apaisé – nettement moins différenciant. Elle constate aussi que l’art populaire et l’art contemporain ont grandi de concert beaucoup plus qu’en opposition. Il faut relever aussi que l’art contemporain devient de plus en plus populaire en Corée, même si malheureusement l’école ne lui accorde pas une place suffisante. Il importe que le musée qu’elle dirige conçoive ses expositions selon les plus hauts standards internationaux. La diffusion de l’art coréen à travers les plus grands musées mondiaux commence.