Sciences (8)

Sciences

Ilya PRIGOGINE, La fin des certitudes, Odile Jacob, 1996, 224 pages

Ce petit ouvrage — dont certains chapitres ne sont compréhensibles que par des scientifiques avertis — poursuit la démonstration engagée dans La nouvelle alliance (Gallimard, 1979) — à partir notamment de la découverte des « structures dissipatives » — et Entre le temps et l’éternité (Fayard, 1988). Il s’agit de montrer que la science contemporaine n’est pas étrangère au monde réel, qu’elle n’est pas œuvre de simplification alors que le monde serait « complexe », mais qu’elle rend compte adéquatement de celui-ci et n’est pas étrangère à la perception naturelle que nous pouvons en avoir. Par rapport à l’univers statique et géométrique qui était encore le modèle retenu par Einstein, Prigogine nous propose le concept d’univers évolutif et restitue à la science — parce qu’au monde — sa dimension d’imprévisibilité. Comme dans son précédent ouvrage, c’est le temps qui est au centre des préoccupations du prix Nobel de chimie.
Restera un regret — au-delà du caractère invérifiable par le lecteur moyen des réalités scientifiques dont parle l’auteur — : il ne développe pas son idée de rencontre entre les différentes sciences, c’est-à-dire « dures » et humaines ou sociales. Du coup, cela apparaît plus comme une clause de style que comme un argument démontré. Il en est de même de son refus d’imaginer une possible contradiction entre les découvertes de la science et la liberté qu’implique la démocratie (p. 15). La science est une chose, le choix politique de la démocratie une autre et, heureusement, la démocratie n’a pas à être fondée en raison, en morale ou en vérité scientifique.